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Archéologie

 

Christophe SAND
Institut d’archéologie de la nouvelle-Calédonie et du Pacifique

Depuis le tout début du peuplement humain de l’archipel calédonien, la position géographique de la région de Bourail, située au centre de la côte ouest de la Grande Terre et comportant un bord de mer caractérisé par un lagon étroit accessible par deux passes de grande taille, a favorisé les installations humaines. Il n’est ainsi pas étonnant qu’un des sites archéologiques les plus anciens de la Nouvelle-Calédonie se trouve sur la plage de la baie de Nessadiou, occupée il y a déjà 3000 ans par des navigateurs Lapita. Les fouilles menées sur ce site depuis les années 1970 ont mis au jour une riche collection de poteries décorées dé motifs géométriques pointillés, caractéristiques de cette tradition. Au cours des premières générations de peuplement, ces groupes Lapita ont multiplié le nombre de leurs implantations, en créant en particulier de nouveaux hameaux le long des grandes plages à l’avant des collines de Déva.

Jusqu’à récemment, la majorité des connaissances sur le passé précolonial de la commune se limitait en grande partie à cette période Lapita et aux sites liés directement aux traditions kanakes des derniers siècles avant l’arrivée des européens, étudiés en particulier dans la région du Mé Ori par Daniel Frimigacci. Pourtant, toute une série de découvertes ponctuelles depuis les premiers travaux de Gustave Glaumont dans les années 1870, indiquaient depuis longtemps une riche diversité de traditions culturelles développées dans le centre de la Grande Terre au cours des trois derniers millénaires. La complexité de cette histoire ancienne de Bourail a été clairement mise en lumière au cours des dernières années, grâce à différentes études archéologiques menées sur les zones de Poé et de Déva. Les fouilles préventives extensives ouvertes sur une zone de la dune de sable de Poé, ont ainsi mis au jour une succession d’installations caractérisant principalement des campements de pêcheurs, occupés entre environ 850 ans avant J.C. et le premier millénaire après J.C. Les vestiges culturels principaux découverts lors de ces fouilles ont été les restes de poteries, montrant une évolution des formes et des décors au cours du temps. Les fouilles ont également permis d’étudier un nombre important de sépultures réparties tout au long de la dune, soulignant une grande diversité des modes funéraires anciens, avec en particulier une tradition d’enterrement en fosses, avec placement de la dépouille en position assise.

Alors que les études d’archéologie préventive sur Poé ont montré la pérennisation d’installations au même endroit durant près de deux millénaires, les fouilles extensives importantes ouvertes plus récemment sur la zone de dunes du site voisin de Déva, ont révélé au contraire combien les populations avaient été tributaires de l’avancée naturelle du bord de mer, qui a progressé à cet endroit de près de 300 mètres en 3000 ans. Les datations et l’étude du matériel archéologique ont révélé que les emplacements des campements ont changé au cours du temps, en étant implantés toujours à l’arrière de la plage. Ce processus a créé un témoignage archéologique horizontal de la progression de la dune, un cas unique à ce jour pour l’archipel.

A Poé comme sur les bords de mer de Déva, les traces d’occupation importante durant de deuxième millénaire après J.C. sont peu nombreuses. En effet durant cette période, les traditions d’occupations intensifiées kanak traditionnelles en grands villages de tertres de cases, à proximité de champs horticoles complexes de billons d’ignames et de terrasses de tarodières, ont poussé les habitants à préférer les zones de collines et de plaines horticoles fertiles pour s’installer. La région de Bourail est connue pour être l’une des plus riches en traces d’anciennes tarodières irriguées à flanc de colline, visibles en particulier dans la zone du col de Roussettes et décrite parfois comme le « grenier à taros » de la Grande Terre. Mais même dans les zones plus arides des collines de bord de mer peuvent encore être étudiés les anciens alignements de tertres de cases kanak et des regroupements de grands ensembles de billons d’ignames.

La facilité d’accès à la côte de Bourail grâce à la passe de la Néra, a certainement dû favoriser des contacts très précoces entre les navigateurs européens et les habitants kanaks. Malheureusement, outre l’échange de bouteilles, de clous en fer et de colliers contre de l’eau douce et des tubercules, ces contacts ont introduit des maladies nouvelles, qui ont rapidement entraîné des épidémies mortelles dans les groupes autochtones, cela même bien avant toute installation européenne pérenne. Ce processus a progressivement changé les modes d’occupation anciens, avec en particulier l’abandon rapide de nombreux sites marginaux à Déva. L’installation foncière occidentale liée au bagne de Bourail, créé dès la fin des années 1860, a débuté une nouvelle phase historique et l’apparition de nouveaux types de vestiges culturels liés à la colonisation, qui restent en grande partie encore à étudier et à valoriser. Parmi celles-ci, une des originalités de Bourail réside certainement dans l’existence d’une communauté d’origine magrébine à Nessadiou et au col de Boghen, dont les membres forment avec les descendants d’autres communautés humaines que le destin à rassemblés ici, le parfait exemple de la complexité de l’histoire de notre pays.

Les traditions céramiques

Les premiers groupes de pêcheurs-agriculteurs installés sur les bords de mer de Bourail fabriquaient il y a 3000 ans des poteries à décors pointillés Lapita, avant de créer de pots de formes plus simples avec des motifs imprimés au battoir, dits de Podtanéan. Leurs descendants quelques siècles plus tard ont progressivement fait évoluer les formes de récipients, produisant des pots plus arrondis à décors incisés, dits de Puen. Au début du premier millénaire après J.C. sont apparues des poteries épaisses dites de Plum, caractérisées en particulier par la présence de deux anses horizontales sous le bord. Enfin, durant le dernier millénaire avant l’arrivée des européens, ont été développés des pots ovoïdes à bord rentrant de la tradition dite de Néra, un nom emprunté à la rivière principale de la commune de Bourail.

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